Mille et un miroirs .

         Le plateau des mille étangs  situé dans la partie sud du massif des Vosges sur le département de la Haute-Saône constitue un attrait photographique pour les paysagistes comme les photographes de nature. On peut parait-il y dénombrer 850 étangs et non mille comme le laisse penser la légende mais c’est autant de miroirs que l’on peut découvrir au fil des saisons sur les 220 km2 du site. Le plateau a été façonné il y a douze mille ans par des glaciers ayant creusé des cuvettes dans lesquels étangs et tourbières se sont installés. Certains étangs, eux, n’ont rien de naturel, ils étaient exploités par des moines et des paysans  à partir du XIème siècle pour la pisciculture. Leur exploitation ayant été abandonnée, la nature y a repris une place importante. Le plateau est surnommé la petite Finlande en raison de la ressemblance des paysages que l’on peut y  trouver, toute proportion gardée car ici on parle bien d’étangs et non de lacs.

 

Les plans d’eau entre tourbières et roches sur lesquels culminent quelques pins s’étalent  à travers des prairies s’alternant avec la lande, les forêts d’épicéas ,de hêtres ,de chênes et de bouleaux .Une partie des étangs, les plus connus et les plus photographié ,sont facilement accessibles mais d’autres sont plus reculés et c’est à pied qu’il faudra partir à la découverte de ces miroirs .Pour y parvenir le plateau est quadrillé de chemins et on dit à ceux qui se rendent ici pour la première fois « que  vous le vouliez ou non vous vous perdrez» , alors sachant cela  mieux vaut prendre ces précautions, d’autant que les cartes comprennent quelques erreurs .Si  je ne me suis pas encore perdu  j’ai  parfois eu quelques difficultés à trouver le bon chemin qui menait  à un étang que j’avais repérer sur Google Earth !

 

  Ici on trouve des étangs partout, ils offrent plus d’un visage aux amoureux de la nature et chaque fois ce sont des paysages qui se renouvellent, changeant sous une lumière qu’iI faut apprivoiser. C’est en allant chercher le contre jour que les couleurs de la végétation filtrant cette lumière s’illuminent alors.

Au printemps Il suffit qu’une prairie ou une forêt au feuillage vert tendre borde un étang et l’eau se teinte alors comme du sirop de menthe. Parfois de jeunes roseaux se détachent d’un vert presque fluorescent sur une eau noir et brillante comme de l’obsidienne (verre naturel de couleur noir d’origine volcanique.) Des épicéas couverts de jeunes pousses offrent leurs jumeaux en reflet dans une composition ou la couleur de l’émeraude domine. Autres instants autres endroits  et chaque fois l’occasion de photographier des paysages nouveaux. Ici des bouleaux, dorées par l’automne, disposés en éventail s’élancent vers le ciel et se projettent  tel un feu d’artifice sur la surface noircie de l’eau de cet étang éclairé d’une lumière rasante. Là les rayons du soleil qui passent entre deux rangées d’épicéas et des arbres au feuilles jaunies s’éclairent alors comme des lampadaires posés sur le bord de l’eau. Les tourbières sur lesquelles se sont installés des graminées dorés ou des joncs qui hésitent entre le vert et l’orange en  fin de saison se mirent sur une eau que l’on croirait polie. Sur l’étang « le Juge » un bouquet de roseaux aussi blonds que les blés ondulant sous le vent donne en reflet la vision de la surface de l’eau jaune comme de l’ambre...Ailleurs une rangée d’arbres  tout au fond du paysage délimite l’horizon qui sinon aurait disparu entre le ciel encombré de nuages et son parfait reflet sur l’eau. Au bord de l’étang du  « Frahy » un alignement de bouleaux se dessine comme des barreaux sur la pièce d’eau en avant plan. Quand le soleil passe derrière le lointain du plateau du « Grilloux »  la surface de l’onde claire où se détache  en ombre chinoise un bouleau isolé sur un îlot de rocaille, devient la pure copie d’un paysage au ciel flamboyant. Au couchant la lumière se magnifie et même en hiver les arbres nus de toute feuille éclairés par les doux et chauds rayons du soleil donnent une paisible scène sur l’eau calme.

 

Il suffit d’un souffle de vent pour que les reflets se troublent et dessinent  le spectacle d’une peinture abstraite  sur la surface, d’autre fois ce sont des étoiles qui scintillent au milieu des nénuphars sur lesquels des grenouilles se « dorent sous le soleil ». Si le temps se couvre, une lumière particulière s’installe alors et le ciel nuageux offre des reflets plus argentés. Si la brume s’étale sur le plateau tout devient diffus et mystérieux. Rien n’est jamais pareil et d’une année à l’autre je redécouvre chaque fois  des endroits que j’avais déjà visités. Je pense que l’automne et sa lumière convient sans doute le mieux  à ces paysages mais chaque saison a son lot de photos. Une partie du plateau culmine à environ 750 mètres et l’hiver il n’est pas rare que les étangs gelés disparaissent sous la neige, là il n’est plus question de reflets mais d’autres paysages s’offrent alors à l’œil du photographe.

Je vais chercher des détails du paysage avec le zoom 70X200 f2,8 ou le 300mm f4 afin de détacher les parties colorées de la surface noire des étangs et des endroits plus à l’ombre , permettant ainsi de donner visuellement plus d’impact .Il faut parfois se détourner de la vue d’ensemble et les focales longues permettent  de se concentrer sur les parties du paysage qui ont d’abord attiré le regard . Le 17-40 est aussi de la partie pour des vues plus larges mais le plateau n’est pas un endroit où l’on trouve de très grands espaces et c’est sans doute aussi pour cela que c’est l’objectif que j’utilise le moins . J’expose pour la lumière et je prends souvent trois vues en bracketing de 0,3 IL d’écart. J’utilise un filtre polarisant pour éliminer le reflet de la lumière sur la végétation et saturer les couleurs. Je m’assure d’avoir le plus souvent possible un trépied avec moi. Comme je l’ai expliqué je recherche souvent le contre jour,  j’utilise donc toujours mes objectif avec leur pare-soleil et si cela ne suffit pas je passe une main ou un chapeau au dessus de l’objectif afin de limiter le flare et garder du contraste sur mes photos.

 

Les étangs sont peu profonds et l’eau se renouvelle faiblement par les pluies et le ruissellement. Ils sont de véritables capteurs de lumière qu’ils redistribuent pour la croissance des végétaux et pour le plus grand bonheur des photographes. Des tourbières flottantes abritent des espèces protégées comme la canneberge, la linaigrette, le carex ou la droséra. Il n’est pas rare lors de mes déplacements que  je rencontre un renard, quelques lapins ou des chevreuils je me fais alors discret pour les observer un instant sans les déranger.Libellules et autres demoiselles sont nombreuses aussi aux abords des étangs et des tourbières. Je me suis concentré depuis plusieurs années sur les paysages du plateau et la multitude d’étangs présent comme autant de miroirs mais l’endroit  est riche d’une faune et d’une flore que je mettrai bien aussi sous mes objectifs si j’avais un peu plus de temps à y consacrer .

 

 

                                                                                                                                                 Francis Mangelle

Les photos :



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